Yves Guyot

Yves Guyot (1843-1928), journaliste, homme politique et économiste, a consacré sa longue carrière à la défense du libéralisme sous toutes ses formes. Figure singulière et courageuse, il a occupé des fonctions de député et de ministre tout en s’illustrant comme un touche-à-tout érudit, s’engageant aussi bien pour le droit des femmes que contre l’arbitraire policier. Considéré comme le dernier grand nom de la philosophie sociale individualiste, il a marqué l’histoire du libéralisme en plaçant l’individu libre comme motif et agent fondamental, origine de tout progrès.

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Nombre de ses écrits sont disponibles sur le site de l’Institut Coppet :

Étude sur les doctrines sociales du christianisme. 1873. — La religion a toujours été un point de tension dans le libéralisme français. Tandis que Benjamin Constant décrivait le sentiment religieux comme inaltérable, que Frédéric Bastiat présentait la liberté comme un acte de foi en Dieu, et que Gustave de Molinari parlait du bilan positif des religions et de la nécessité des croyances, Yves Guyot se rattachait délibérément à un autre courant. Dans ce petit livre, publié initialement en 1873, il trace un portrait très noir de Jésus, raconte ses exploits avec scepticisme et médisance, et finit par dresser l’acte d’accusation du christianisme, religion d’abaissement de l’homme.

Nécessité de la concurrence religieuse, 1899. — Face à l’échec des régimes précédents à concilier institutions libérales et catholicisme, Yves Guyot préconise la rupture du Concordat pour briser le monopole de l’Église romaine et instaurer une véritable « concurrence religieuse ». Il propose de remettre le budget des cultes aux communes afin d’offrir aux citoyens la liberté de choisir leurs convictions. Il mise, par ailleurs, sur le protestantisme pour soustraire la France à l’influence qu’il juge oppressive du clergé catholique.

La Tyrannie Socialiste. 1893. — L’histoire de l’humanité est le récit d’une conquête, lente et douloureuse : celle de l’individualité. Dans les premières sociétés humaines, rappelle bien Yves Guyot, l’individu est écrasé, tyrannisé. Le progrès, dont il y a eu tant d’étapes successives, a consisté à remplacer le pouvoir par le contrat, la force par le consentement. Aujourd’hui, cependant, les socialistes entendent revenir à des combinaisons collectivistes, reposant sur l’assentiment majoritaire, dans des formes plus ou moins légales. Ils se disent progressistes, et croient avancer, mais en vérité ils reculent. Leur projet de société, contraire aux grands idéaux de la Révolution française, est dangereux, et mérite d’être combattu. La Tyrannie Socialiste (1893) est le manifeste d’un authentique libéral, qui croit en la valeur de l’individu.

Les principes de 1789 et le socialisme. 1894. — La Révolution française avait un programme émancipateur, progressif, que les socialistes travestissent plus qu’ils ne le reprennent. En 1789, c’étaient les privilèges, les impôts, l’arbitraire, qu’on attaquait ; et l’on défendait, pour s’y substituer, les droits universels de l’homme, à la liberté, à la propriété, à la sûreté. Or la révolution socialiste traîne, derrière elle, comme pénible cortège, des privilèges de classe, de sexe ou de race, dont les hommes de 1789 voulaient s’affranchir à jamais. Malgré leur humanisme, ou peut-être à cause de ce respect qu’ils conservent pour la dignité humaine, les partisans de la liberté ne peuvent se retrouver dans le programme que les socialistes présentent devant les naïfs, à la fin du XIXe siècle. Ils le combattent.

La propriété : origine et évolution. Réfutation de la thèse communiste de Paul Lafargue. 1895. — La propriété est le concept fondamental des sociétés modernes, et le vrai critérium du progrès. Sous l’Antiquité et sous l’Ancien régime, elle existait, mais on la violait : l’esclave n’avait pas même la propriété de lui-même, et le Roi n’était pas contredit s’il murmurait, en regardant le pays autour de lui : « tout ceci est à moi ». Le progrès historique n’a eu qu’un but : affranchir la propriété, et en garantir la jouissance paisible sous la protection des lois. Mais à la toute fin du XIXe siècle, d’hardis novateurs, qui se croient avancés, sollicitent un retour en arrière : Karl Marx et son gendre Paul Lafargue rêvent une société où la propriété privée serait à nouveau absorbée dans un tout collectif, comme à l’ère des tribus et des rois absolus. Il fallait leur opposer la théorie libérale de la propriété : Yves Guyot, le dernier grand représentant de la riche tradition libérale française, l’a fait dans ce livre publié en 1895.

Les tribulations de M. Faubert. L’impôt sur le revenu. 1896. — En 1896, l’impôt sur le revenu est devant l’opinion publique. Défendu par les socialistes, il est accepté par certains conservateurs qui veulent se donner des allures démocratiques et passer pour raisonnables. Yves Guyot lance l’alarme : mécaniquement, explique-t-il, cette imposition qui commencera par ne frapper que les plus fortunés, touchera bientôt les modestes employés et commerçants, et les locataires comme les propriétaires. En exigeant des déclarations, elle se fera irrémédiablement inquisitrice. Enfin, en faisant fuir les grandes fortunes et les étrangers à moitié résidents, l’impôt sur le revenu causera la ruine des intérêts qu’il est sensé soutenir. En écrivant ce petit livre sous la forme de dialogues, Yves Guyot nous fait assister à un spectacle qui est en grande partie devenu une réalité.

L’A B C du libre-échange. 1913. — Yves Guyot, en 1913, expose les vrais principes du commerce et met les protectionnistes en face des résultats pratiques de leur système. Dès qu’elle cesse d’être simplement fiscale, pour devenir protectrice, la douane ne crée pas des emplois et des richesses, elle en détruit. Elle force à se tenir en dehors du mouvement progressif du monde, à ignorer les innovations, et à préférer la levée de profits automatiques sur des consommateurs nationaux maintenus captifs. Peu à peu, le travail perd en productivité, les débouchés extérieurs se ferment, et le déclin économique de toute la nation devient irrémédiable.

La morale de la concurrence. 1896. — Dans ce brillant petit essai, Yves Guyot soutient que la liberté économique et la concurrence constituent le véritable moteur moral des civilisations modernes, en ce qu’elles substituent l’altruisme obligatoire et la solidarité des intérêts aux anciennes morales religieuses ou guerrières. Il démontre que le producteur et le commerçant, poussés par leur propre intérêt et sous peine de sanction immédiate par la concurrence, sont contraints de se consacrer au bien-être de leurs clients et de l’humanité entière.

Lettres sur la politique coloniale. 1885. — En 1885, la colonisation française s’accélère, avec la conquête du Tonkin et la constitution, bientôt, de l’Indochine française. Libéral aux convictions complètes, Yves Guyot ne reste pas silencieux face à ce mouvement, et il oppose une réfutation en règle aux sophismes coloniaux qui inondent alors la tribune et la presse. La « mission civilisatrice » des nations civilisées, l’« expansion de la race française », la « diffusion des idées françaises », le « débouché pour nos produits » : tous mots sonores qui ne tiennent pas face à l’examen impartial des faits. C’est un réquisitoire terrible, éloquent et chargé d’une saine émotion, qu’on lira dans ce livre pour la première fois réédité.

Quesnay et la physiocratie. 1896. — Présentation de la vie et de la pensée de François Quesnay, fondateur de la physiocratie, soulignant son rôle de précurseur du libéralisme économique moderne. Guyot y analyse les théories fondamentales de Quesnay, telles que la centralité de l’agriculture, l’importance du droit de propriété et la nécessité de la liberté du commerce.

Nos préjugés politiques. 1872. — Dans cet ouvrage, Yves Guyot critique l’éducation et les traditions qui favorisent en France des « idées toutes faites » et une dépendance excessive envers l’autorité de l’État. Il plaide pour l’adoption d’une méthode scientifique et objective en politique afin de garantir la liberté individuelle et de substituer le progrès par la raison aux crises sociales périodiques.

La politique Boer. Faits et documents en réponse au Docteur Kuyper. 1900. — Dans cet ouvrage, Yves Guyot dénonce la politique des Boërs au Transvaal, qu’il décrit comme un système oppressif et rétrograde fondé sur l’exploitation des travailleurs étrangers (Uitlanders) et des populations indigènes. En réponse aux arguments pro-boërs, il défend l’intervention britannique au nom de la civilisation industrielle et du respect des conventions internationales, tout en mettant en garde contre les ambitions expansionnistes de l’Allemagne dans la région.

Études sur Yves Guyot, sa vie, ses écrits et sa pensée

Yves Guyot, par Louis Fiaux. — Vue biographique d’ensemble. Fiaux, son ami, analyse l’unité de la pensée libérale et individualiste de Guyot à travers ses multiples engagements, de son combat contre la police des mœurs à ses travaux sur les causes économiques de la Grande Guerre.

« Yves Guyot », par Benoît Malbranque (Dictionnaire de la tradition libérale française). Brouillon. — Yves Guyot est un géant de la pensée libérale dont la carrière courageuse a été marquée par la défense indéfectible de causes souvent impopulaires, telles que le féminisme et l’anticolonialisme. B. Malbranque considère son œuvre monumentale comme le dernier maillon brillant d’une grande tradition intellectuelle et estime qu’elle mérite aujourd’hui, et peut-être plus que jamais, d’être redécouverte et étudiée en profondeur.