Après un engagement de jeunesse dans le mouvement saint-simonien, Michel Chevalier (1806-1879) est rentré dans le rang jusqu’à devenir professeur d’économie politique, conseiller du pouvoir et sénateur sous le Second empire. À la suite de son voyage outre-Atlantique, ses Lettres sur l’Amérique du Nord (1836) ont continué la popularisation du modèle américain, en vantant le système de décentralisation, la puissance de l’initiative privée et le dynamisme d’une société où l’État intervient peu. Professeur au Collège de France pendant près de quarante ans, Michel Chevalier a propagé sa vision et son enthousiasme du progrès industriel. En faisant signer le traité de libre-échange franco-britannique de 1860, il a aussi en quelque sorte ouvert l’ère de la mondialisation moderne.
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Écrits de Michel Chevalier disponibles sur le site de l’Institut Coppet
La liberté aux États-Unis. 1849. — Cette courte étude analyse la liberté aux États-Unis en la définissant non pas par ses aspects politiques, mais par une liberté civile et individuelle très complète qui favorise l’initiative privée et le développement industriel. Michel Chevalier met en contraste ce modèle américain, caractérisé par une bureaucratie minimale et un respect sacré du domicile et du travail, avec le système français de l’époque, qu’il juge entravé par des règlements excessifs et des servitudes comme le recrutement militaire obligatoire.
L’Europe et la Chine. 1840. — Pour la Revue des Deux-Mondes, Michel Chevalier raconte en 1840 les ambitions des Anglais en Chine et dans l’Extrême-Orient. La pensée d’unir la civilisation de l’Orient et de l’Occident, et surtout ces pôles majeurs que sont l’Europe et la Chine, est, dit-il, l’une des plus importantes qui soit, et elle doit sous peu révolutionner le monde. Selon lui, les progrès économiques, sociaux et politiques qu’amène de manière croissante la liberté en Europe, ne peuvent suffire seuls à satisfaire les passions et l’enthousiasme naturel de ces peuples. Les Européens doivent pénétrer en Chine et ouvrir le monde : c’est le vœu de la Providence.
L’économie politique et le socialisme. 1849. — Dans l’introduction de son cours au Collège de France, Michel Chevalier examine les reproches adressés par les diverses sectes socialistes de l’époque aux principes de l’économie politique. Il justifie l’importance que les économistes accordent au mobile de l’intérêt personnel, défend le rôle économique et social du capital et du capitaliste, précise les bienfaits de la concurrence, et examine les propositions que font les économistes en faveur du progrès social.
Examen du système commercial connu sous le nom de système protecteur. 1852. — Dans cet ouvrage, Michel Chevalier livre un plaidoyer rigoureux pour le libre-échange en démontrant que le système protecteur viole les principes fondamentaux de liberté et de justice tout en appauvrissant la nation par le maintien de prix artificiellement élevés. Il soutient que l’industrie française est désormais assez mature pour affronter la concurrence étrangère et que l’abolition des barrières douanières est une étape indispensable au progrès de la civilisation moderne et au bien-être des populations.
« L’expédition européenne au Mexique », Revue des Deux mondes, 1862. — En 1862, le Mexique est l’objet des menées et des convoitises de plusieurs nations de l’Europe, s’ajoutant ainsi aux visées longtemps entretenues par les États-Unis. L’État mexicain, affaibli, et dont les institutions ne donnent pas satisfaction, s’apprête à être renversé. Présentant cette situation dans une longue étude en deux parties, Michel Chevalier dresse d’abord le constat de la déchéance mexicaine, qui prépare la discussion des moyens d’action des nations européennes. Puis il explique pourquoi, dans le cadre même du libéralisme qu’il défend, une politique étrangère d’intervention militaire se justifie, et ce que doit être son objet. Il s’agit, pour la France, l’Espagne et l’Angleterre, de rétablir les assises politiques du Mexique, pays dans la déchéance et l’anarchie, et de le sauver de l’accaparement total par les États-Unis.
« Le progrès par les libertés économiques », 1867. — Michel Chevalier soutient que la liberté du travail est le fondement indispensable de toutes les libertés publiques et le moteur essentiel de la prospérité. Il démontre que le progrès de la civilisation repose sur l’intelligence humaine et les sciences, qui sont capables de décupler la puissance productive de l’homme tout en réduisant l’effort physique nécessaire.
« Les États-Unis de l’Europe », Journal des Économistes, juillet 1869. — À la vielle de la guerre franco-prussienne de 1870, Michel Chevalier présente devant la Ligue internationale et permanente de la paix l’institution qui, dans son esprit, pourrait seule fonder et garantir la paix européenne. Il s’agirait, dans ses vœux, d’une confédération européenne semblable à celle des États-Unis d’Amérique, avec un congrès électif, une monnaie commune, et dans laquelle les citoyens, quand on leur demanderait leur nationalité, diraient désormais : « Je suis européen ».
« Des moyens pour un État de refaire ses finances – La liberté du travail », Journal des Économistes, janvier 1875. — Michel Chevalier soutient que l’intelligence humaine et le progrès technologique permettent d’accroître indéfiniment la puissance productive, offrant ainsi aux États les moyens de supporter des charges financières accrues sans écraser la population. Il préconise l’adoption de la liberté du travail et l’affranchissement de l’industrie comme moteurs essentiels pour multiplier les richesses et assurer la prospérité des nations modernes.
Les brevets d’invention, examinés dans leurs rapports avec le principe de la liberté du travail et avec le principe de l’égalité des citoyens. 1878. — Dans cette étude, Michel Chevalier démontre que le système des brevets est un privilège injuste qui entrave la liberté du travail et viole le principe de l’égalité entre les citoyens. Il soutient que l’innovation est un processus collectif et cumulatif que les monopoles de brevets finissent par freiner plutôt que par encourager.
Études sur Michel Chevalier, sa vie et ses travaux
« Michel Chevalier », par Benoît Malbranque (Dictionnaire de la tradition libérale française). — Michel Chevalier était une figure estimée du mouvement libéral dont l’héritage est très honorable. Bien qu’on puisse formuler des critiques sur son ralliement au Second Empire ou son manque de radicalisme, l’œuvre immense de Chevalier prouve une passion sincère pour la liberté et un service réel rendu à cette cause.