Marquis d’Argenson

René-Louis de Voyer, marquis d’Argenson (1694-1757), est un précurseur majeur de l’économie politique classique. Il a été le porte-parole d’une politique de « laissez faire » et du principe de « ne pas trop gouverner », qu’il considérait comme le fondement de toute politique économique. Selon lui, l’autorité publique nuit plus qu’elle ne sert, et la planification est impossible, c’est une fausse science. Il voulait que les marchandises circulent aussi librement que l’air ou l’eau, et qu’on laisse l’intérêt privé des particuliers accroître naturellement la richesse de l’État.

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Sélection d’écrits du marquis d’Argenson sur le gouvernement et l’état de la France

Extraits du Journal du marquis d’Argenson, d’après les éditions de Jannet (1857) et Rathéry (1859). — Ce journal, dont on offre ici les extraits les plus dignes d’intérêt, offre un témoignage précieux sur les coulisses du pouvoir et les crises sociales sous les règnes de Louis XIV et Louis XV. L’auteur y consigne ses réflexions politiques, ses critiques du ministère et ses propositions de réformes, tout en brossant un portrait lucide de la misère rurale et de l’instabilité de la monarchie française au XVIIIe siècle.

Considérations sur le gouvernement ancien et présent de la France, édition posthume en 1764. — Dans cet ouvrage, le marquis d’Argenson propose une réforme profonde de la monarchie française par l’introduction d’une administration populaire ou démocratie municipale, afin de contrer les abus du despotisme ministériel et de la vénalité des charges. Il soutient qu’une décentralisation du pouvoir, confiant la gestion des intérêts locaux à des élus du peuple, renforcerait l’autorité royale tout en assurant la félicité publique par la liberté et l’égalité des citoyens.

« Lettre au sujet de la dissertation sur le commerce du marquis de Belloni », Journal économique, avril 1751. — Critique des politiques d’interventionnisme et de planisme économique. Le marquis d’Argenson affirme que la liberté individuelle et la suppression des obstacles sont les seuls véritables moteurs de la prospérité commerciale. D’après lui, la direction centralisée est non seulement impossible, mais tout essai dans cette voie engendre des injustices et des ruines là où l’instinct naturel de la multitude suffirait à enrichir l’État.


Études sur le marquis d’Argenson et sa place dans l’histoire du libéralisme

« Le marquis d’Argenson », par Benoît Malbranque (Dictionnaire de la tradition libérale française). — Penseur radical du XVIIIe siècle et promoteur du laissez-faire, René Louis de Voyer de Paulmy d’Argenson a soutenu que la liberté est le seul remède efficace contre la misère des masses. Confronté à l’inefficacité de l’administration royale, à la corruption de la cour et à l’aveuglement des ministres, il a défendu un idéal radical sans être écouté.

Le marquis d’Argenson et l’économie politique au début du XVIIIe siècle, par André Alem. 1900. — Analyse de la pensée du marquis d’Argenson, précurseur majeur de l’économie politique classique et des physiocrates. L’auteur explique que d’Argenson a formulé des principes fondamentaux comme le « laissez-faire » et la liberté du commerce, s’opposant ainsi au mercantilisme de son époque pour défendre une doctrine basée sur l’intérêt individuel et les principes fondateurs de la science économique moderne.