Jean-Gustave Courcelle-Seneuil

Figure centrale du « libéralisme pur », Jean-Gustave Courcelle-Seneuil (1813-1892) a marqué l’histoire des idées en prônant la liberté bancaire et en exportant ses principes radicaux au Chili, où il a conseillé le gouvernement pour instaurer un cadre institutionnel libéral. Sa place est celle d’un passeur intellectuel rigoureux, ayant su maintenir une défense sans concession de la propriété privée et de l’autonomie individuelle face aux dérives interventionnistes et aux nouvelles sirènes du socialisme et du protectionnisme.

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Écrits de Courcelle-Seneuil disponibles sur le site de l’Institut Coppet

Le crédit et la banque. 1840. — Courcelle-Seneuil est resté célèbre pour sa défense théorique de la liberté des banques, notamment dans La Banque Libre (1867). Dans la petite brochure ici rééditée, et qui date de 1840, on retrouve à l’évidence des thèmes communs : l’utilité du crédit et du banquier ; les mérites de la liberté des banques en Écosse et aux États-Unis ; l’infériorité relative et l’injustice du régime du privilège couramment établi en France. Mais comme conclusion pratique, la liberté n’y est demandée qu’avec des ménagements, comme une concession. Le mûrissement et l’approfondissement allaient conduire l’auteur à une plus grande radicalité.

Traité théorique et pratique des entreprises industrielles, commerciales et agricoles, ou Manuel des affaires. 1855. — Traité à la fois théorique et pratique qui définit l’entrepreneur comme l’agent moteur de la production, dont le rôle est de combiner le travail et le capital pour créer de la richesse, et qui cherche à lui donner des conseils pratiques. Courcelle-Seneuil y expose les principes universels d’administration et de gestion nécessaires pour diriger efficacement toute entreprise industrielle, commerciale ou agricole dans un régime de libre concurrence. C’est un livre étonnant et très moderne.

La Banque Libre. 1867. — Aujourd’hui, le Free Banking est un courant ou un sous-courant important de la pensée économique libérale. Il s’agit de défendre le développement des institutions bancaires dans des conditions pures de marché, c’est-à-dire avec la liberté la plus absolue. Le premier économiste à avoir théorisé cette conception est un Français : Jean-Gustave Courcelle-Seneuil. Dans La Banque Libre, il fournit les raisons théoriques pour lesquelles il est judicieux de libéraliser entièrement l’activité bancaire, et répond aux objections des partisans du monopole. Grand connaisseur de l’histoire monétaire et bancaire mondiale, il rappelle aussi les cas de nombreux pays, comme l’Écosse, mais aussi, à une certaine période, la France, où les banques ont effectivement évolué dans la liberté la plus complète, produisant leur propre monnaie, développant leur activité sans barrière légale d’aucune sorte, et où cette liberté absolue a rimé avec une grande stabilité monétaire ainsi qu’un développement sensible de l’industrie.

Liberté et socialisme. 1868. — En 1868, l’économie politique libérale française devait, plus que jamais, faire face au développement du socialisme. L’un de ses grands représentants de l’époque, Jean-Gustave Courcelle-Seneuil, signa avec Liberté et Socialisme une attaque en règle contre les thèses socialistes. Dans ce livre, il étudie les idées et les préconisations des socialistes. Avec arguments et exemples, il prouve pourquoi leur mise en œuvre ne pourrait produire les améliorations que les socialistes recherchent, et que loin d’améliorer la situation des masses laborieuses, elle aurait inévitablement pour effet de la rendre plus difficile.

L’héritage de la Révolution. Questions constitutionnelles. 1872. — Ce livre analyse l’échec des gouvernements successifs en France depuis 1789 à instaurer une véritable liberté. Courcelle-Seneuil plaide pour un retour aux doctrines libérales de la Révolution — telles que la liberté individuelle, le travail libre et l’autonomie locale — et suggère des réformes pratiques pour inaugurer enfin le règne de la liberté en France.

Protection et libre-échange. 1879. — À travers un dialogue entre un député et un commerçant, ce texte démontre que le protectionnisme frappe le consommateur français d’un impôt injuste, au profit d’intérêts privés. Courcelle-Seneuil conclut au libre-échange comme au seul système garantissant la justice et la prospérité.

Essai de définition de la science sociale. 1885. ­— Dans ce court texte, Courcelle-Seneuil propose de fonder une véritable « science sociale » en appliquant à l’étude de l’activité humaine la méthode expérimentale et rigoureuse déjà utilisée par les sciences physiques. C’est peut-être l’un des écrits où la similarité entre le projet autrichien tel qu’envisagé par exemple par Mises au XXe siècle, et celui d’un précurseur éloigné comme Courcelle-Seneuil, est la plus frappante.

Préparation à l’étude du Droit. Étude des principes. 1887. — L’auteur propose de substituer aux principes juridiques traditionnels et obscurs une approche rationnelle et scientifique du droit, fondée sur l’observation de la société et sur l’économie politique. Il explore donc les fondements de la propriété privée, de la liberté du travail et de la souveraineté, pour offrir aux étudiants et aux législateurs un guide méthodologique visant à moderniser et à « humaniser » le droit positif.

Esquisse d’une politique rationnelle. 1889. — Dans cette étude remarquable, Courcelle-Seneuil examine tour à tour le fondement des constitutions, le mécanisme des lois, l’organisation des gouvernements et le recrutement des fonctionnaires. Il remplace l’abus des mots par la précision des principes, et l’égarement de la routine par un programme de réforme ambitieux mais à opérer dans le temps et sans révolution.

Traité théorique et pratique d’économie politique. 3e édition. 1891. En 2 volumes. — Ce livre propose une refonte du système d’exposition de l’économie politique en séparant strictement la science, qui étudie les lois naturelles et immuables de la richesse, de l’art, qui formule des règles pratiques pour son administration. Courcelle-Seneuil défend fermement la liberté du travail, des contrats et de l’échange comme les conditions essentielles au progrès social et à la prospérité, et s’oppose aux doctrines socialistes de son temps.


Études sur Courcelle-Seneuil, ses écrits et ses idées

« J.-G. Courcelle-Seneuil : un économiste entre théorie et pratique », par Benoît Malbranque (2015). — Cet ouvrage de Benoît Malbranque retrace la vie et l’œuvre de Jean-Gustave Courcelle-Seneuil, un économiste libéral français du XIXe siècle dont l’influence fut majeure au Chili mais qui reste largement méconnu dans son propre pays. À travers l’analyse de ses travaux, l’auteur présente Courcelle-Seneuil comme un pionnier des sciences de gestion, un défenseur du free banking et un opposant résolu au socialisme et au protectionnisme.

« Jean-Gustave Courcelle-Seneuil », par Benoît Malbranque (Dictionnaire de la tradition libérale française). — B. Malbranque présente Courcelle-Seneuil comme l’un des piliers méconnus de la tradition libérale française. Courcelle-Seneuil était un libéral radical, presque intransigeant. Son projet de définir l’économie comme une branche d’une plus vaste « science sociale » centrée sur l’action humaine, est évidemment digne d’intérêt.