Jean-Baptiste Say

Jean-Baptiste Say (1767-1832), économiste et entrepreneur industriel, occupe une place centrale dans l’histoire du libéralisme. Il a eu un rôle de diffuseur et d’adaptateur des théories d’Adam Smith en France, tout en développant une approche propre qui met l’accent sur le rôle de l’entrepreneur et la valeur-utilité. Célèbre pour sa « loi des débouchés », il a théorisé un système de pensée optimiste et laissant peu de place à l’intervention de l’État.

***

Écrits de Jean-Baptiste Say disponibles sur le site de l’Institut Coppet

Traité d’économie politique. 1ère édition. 1803. — Avec la première édition de son Traité d’économie politique, parue en 1803, Jean-Baptiste Say a accompli une petite révolution. Non seulement il a organisé méthodiquement la science économique et a corrigé les erreurs conceptuelles d’Adam Smith et des physiocrates ses prédécesseurs, mais il a ouvert des perspectives nouvelles. En décrivant le protectionnisme comme une spoliation, où quelques-uns s’enrichissent aux dépens de la masse des consommateurs, il a préparé l’œuvre de Frédéric Bastiat. En parlant le premier en termes économiques de l’industrie de l’homme d’État, du juge, etc., il a légué une audace de langage dont Gustave de Molinari, par exemple, tira profit, avec son idée de la production de la sécurité et de l’industrie concurrentielle des gouvernements. Or tout ceci est déjà dans la première édition de 1803. C’est donc un ouvrage classique et influent qui est ici réédité.

Traité d’économie politique. 6e édition. 1841. — La sixième édition constitue l’aboutissement de la doctrine de Say, intégrant les leçons de l’industrialisation naissante et ses échanges avec les économistes britanniques pour rectifier et approfondir les principes posés en 1803. Elle apporte une structure plus pédagogique, notamment par l’ajout d’un lexique (Épitomé) et une application plus concrète des théories à la réalité industrielle.

De l’Angleterre et des Anglais. 1815. — À la suite d’une mission d’enquête en 1814, Jean-Baptiste Say décrit une Angleterre transformée par la Révolution industrielle, où les progrès fulgurants de la production et du machinisme sont toutefois freinés par le fardeau écrasant de la dette publique et de la pression fiscale. Il y analyse comment l’excès d’impôts et les dépenses liées au colonialisme renchérissent le coût de la vie, forçant une grande partie de la population à un travail acharné pour subvenir à ses besoins les plus élémentaires.

Petit volume contenant quelques aperçus des hommes et de la société. 1817. — Recueil de pensées et de réflexions philosophiques explorant avec finesse les travers de l’homme et les mécanismes de la société. À travers des observations sur la morale, l’économie et la politique, l’auteur cherche à démasquer les illusions et le charlatanisme pour offrir une vision plus juste et rationnelle de la nature humaine.

Correspondance économique. — Ce livre rassemble la correspondance économique de Jean-Baptiste Say avec des figures illustres telles que Thomas Jefferson, David Ricardo et Thomas Malthus. À travers ces échanges de lettres et une notice biographique, l’ouvrage permet de comprendre le développement des théories de Say et l’influence majeure qu’il a exercée sur la science de l’économie politique au XIXe siècle.

La possibilité d’une société sans gouvernement (extrait du Cours à l’Athénée, 1819). — Vivant au milieu d’une société sur-gouvernée, dit Jean-Baptiste Say en 1819, il peut être difficile de concevoir l’idée d’une organisation sociale sans gouvernement. L’expérience nous prouve cependant, dit-il, qu’une société peut bien, à la rigueur, se passer de gouvernement.

Olbie, ou Essai sur les moyens de réformer les mœurs d’une nation. 1800. — Projet de société utopique où la réforme des mœurs d’une nation repose sur l’éducation et la diffusion des connaissances, notamment celles de l’économie politique. Le jeune Say soutient que le bonheur et la vertu des citoyens ne s’obtiennent pas par la contrainte légale, mais en garantissant une honnête aisance pour tous et en récompensant les actions utiles à la société.


Études sur Jean-Baptiste Say, sa vie et sa pensée

« Redécouvrir Jean-Baptiste Say, théoricien des crises et de l’action humaine », par Damien Theilier. — Jean-Baptiste Say fut l’un des plus grands économistes français. Nous lui devons la loi des marchés, ou « loi des débouchés » ou encore tout simplement « loi de Say ». Il a été l’un des premiers à mettre l’accent sur l’action humaine comme clé de la science économique, anticipant ainsi les travaux de l’école autrichienne. Pendant un temps, il avait disparu des manuels. Désormais, il fait son grand retour en force sur la scène intellectuelle, française et internationale.

« Jean-Baptiste Say et Benjamin Constant, frères d’armes dans le combat libéral », par Gérard Minart. — Jean-Baptiste Say et Benjamin Constant, deux penseurs nés la même année, ont formé un front uni pour défendre les libertés individuelles et économiques face aux bouleversements de la Révolution et de l’Empire. Bien que leurs carrières aient divergé, ils sont restés les « pédagogues » du libéralisme, prônant une société moderne et industrielle protégée par des garanties constitutionnelles contre les empiètements de l’État.

« Jean-Baptiste Say et les contours d’une politique industrielle libérale », par Gérard Minart. — J.-B. Say soutient qu’un écosystème favorable à la production repose sur la trilogie liberté, propriété et sécurité, considérant que la protection des richesses est le stimulant essentiel de l’activité économique. Il prône ainsi une intervention minimale de l’État, affirmant que le gouvernement doit se limiter à garantir l’ordre sans entraver l’initiative privée par des impôts ou des règlements excessifs.

« Jean-Baptiste Say entrepreneur : théorie et pratique », par Benoît Malbranque (YouTube, 5 minutes). — En 1805, devenu un opposant à Napoléon, Jean-Baptiste Say se fait entrepreneur. Il s’installe à Auchy les Hesdin, dans le Pas-de-Calais, pour y conduire une filature. Une occasion pour le théoricien de l’entrepreneur de joindre la théorie à la pratique.

« Jean-Baptiste Say entrepreneur, d’après les travaux d’un historien local », par Benoît Malbranque. — Sur l’expérience de Jean-Baptiste Say qui, écarté de la vie publique par Napoléon, a dirigé pendant sept ans une filature de coton installée dans une ancienne abbaye à Auchy-lès-Hesdin. Cette immersion entrepreneuriale a concrètement enrichi sa pensée économique, lui permettant d’observer directement les rouages de l’industrie naissante avant qu’il ne revienne à ses travaux intellectuels en 1812.

« Sur le Catéchisme d’économie politique de Jean-Baptiste Say », par Benoît Malbranque. — Le Catéchisme d’économie politique est un ouvrage de vulgarisation dont la forme pédagogique originale offre des réflexions pertinentes sur l’inefficacité des dépenses publiques et les coûts cachés des monopoles d’État. Ce texte a cependant aussi vieilli et manque de profondeur par rapport aux traités plus savants de Say, ce qui le cantonne aujourd’hui davantage au rôle de document historique qu’à celui d’outil théorique actuel.

« Jean-Baptiste Say et la liberté de la presse », par Benoît Malbranque. — Cet article présente une brochure méconnue de 1789 dans laquelle le jeune Jean-Baptiste Say dénonce la censure royale comme un obstacle au progrès et à la diffusion des lumières. Bien que l’auteur soit devenu plus tard très critique envers la qualité de cet écrit de jeunesse, le texte témoigne de l’audace intellectuelle nécessaire pour défendre la liberté de penser au seuil de la Révolution française.

« Débats entre Louis Say et son frère Jean-Baptiste », par Benoît Malbranque. — L’article relate le conflit intellectuel entre le célèbre économiste libéral Jean-Baptiste Say et son frère cadet Louis, un industriel qui a publié plusieurs ouvrages critiquant les principes économiques établis. Malgré une affection fraternelle initiale, leurs désaccords théoriques profonds ont mené à une rupture, entraînant l’oubli progressif des contributions de Louis Say par la postérité et par sa propre famille.

« La correspondance Say-Dupont de Nemours », par Benoît Malbranque. — La correspondance de 1815 entre le physiocrate Dupont de Nemours et Jean-Baptiste Say illustre le passage historique d’une économie politique conçue comme une branche de la philosophie morale et du droit naturel à une science autonome rigoureusement définie. Tandis que Dupont de Nemours plaide pour une vision globale de l’ordre social, Say défend la nécessité de spécialiser la discipline en se concentrant exclusivement sur l’étude des lois présidant à la formation, la distribution et la consommation des richesses. — LF2, 45-49.

« Les vicissitudes de la loi de Say », par Stéphane Mozejka. — La « loi de Say », originellement conçue comme une analyse de l’échange et du rôle central de l’entrepreneur, a été profondément dénaturée par la réfutation de Keynes et par la mathématisation de l’économie. L’auteur de l’article soutient que redécouvrir le sens initial de cette théorie permettrait de mieux comprendre les crises actuelles en s’éloignant des politiques de simple relance monétaire.

Jean-Baptiste Say et les origines de l’industrialisme, par Edgard Allix. 1910. — Cet article explore la contribution fondamentale de Jean-Baptiste Say à l’émergence de l’industrialisme en France, démontrant que son Traité d’économie politique contenait déjà les germes de cette doctrine souvent attribuée aux seuls saint-simoniens. L’auteur explique comment Say a substitué l’idée de « production » aux régimes « destructeurs » de son époque, faisant de l’entrepreneur et de l’industrie les piliers d’un nouveau programme à la fois économique et politique