Henri Baudrillart

Henri Baudrillart (1822-1892) est entré au Collège de France et à l’Académie des sciences morales et politiques ; c’est une figure centrale du libéralisme français sous le Second Empire. Il se revendiquait de Turgot et de Bastiat, mais il a tracé sa propre route de « libéral conservateur », en intégrant une forte dimension morale, religieuse et historique à ses analyses économiques. Sa position dans l’histoire du libéralisme se distingue par sa volonté de rectifier les « excès » de l’individualisme radical et son plaidoyer pour une reconnaissance de la famille et de l’association volontaire dans les mécanismes sociaux. Pour certaines missions, il admettait une certaine intervention de l’État.

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Écrits d’Henri Baudrillart disponibles sur le site de l’Institut Coppet

Éloge de Germaine de Staël. 1850. — Henri Baudrillart dresse, dans son Éloge de madame de Staël, le portrait d’une femme d’exception, figure inspirante pour les libéraux intéressés par l’idéal et le beau. Il retrace les événements marquants de sa vie et replace ses principales œuvres dans leur contexte historique et littéraire. C’est une introduction à Germaine de Staël écrite de main de maître. 

« Communisme » (article du Dictionnaire de l’économie politique). 1853. — L’article définit le communisme comme une doctrine niant la liberté individuelle et la propriété au profit d’une égalité absolue imposée par l’État, ce qui conduit inévitablement au despotisme et à la ruine économique. À travers l’étude des utopies et des expériences historiques, de Sparte au Paraguay, Baudrillart démontre que ce système est l’antipode de l’économie politique car il étouffe les ressorts naturels de l’activité humaine.

« De l’influence des climats et des lieux sur les faits économiques », Journal des Économistes, décembre 1856. — Quoique l’économie politique s’attache à reconnaître les grandes lois du travail, de l’échange ou du gouvernement, le climat n’est pas sans influence sur leur application pratique, et à cet égard il mérite, souligne Henri Baudrillart en 1856, une analyse sérieuse. — Aux premiers temps, explique-t-il ainsi, les caractéristiques climatiques de chaque population agissent comme un aiguillon plus ou moins fort de développement. Ensuite, le climat n’oppose qu’une influence décroissante : les difficultés sont vaincues, les barrières s’aplanissent, et la nature elle-même semble sans cesse vaincue. C’est le règne de l’industrie, que l’auteur présente comme l’ère présente.

Des rapports de la morale et de l’économie politique. 1860. — Dans cet ouvrage Baudrillart explore la relation étroite entre les principes moraux (justice, devoir, liberté) et les lois de l’économie politique, pour démontrer que la richesse matérielle ne peut être durable sans un fondement éthique. Il professe que l’homme, en tant qu’être moral et responsable, est le véritable moteur de la production et que l’harmonie sociale dépend de la conciliation entre l’utile et le juste.

« La crise américaine », Journal des Économistes, Juin 1861. — En 1861, les États abolitionnistes du Nord des États-Unis sont en conflit ouvert avec les États esclavagistes du Sud. L’issue que prendra la lutte qui s’engage, Henri Baudrillart la devine : l’institution de l’esclavage est une plaie morale et économique qui rendra le Sud finalement impuissant dans la bataille, dans une guerre qui n’en sera pour autant la moins coûteuse en hommes et en capitaux. Il note toutefois que les États du Nord ne recherchent pas l’abolition de l’esclavage partout en Amérique par égard pour les Noirs, mais d’abord pour des raisons économiques : car quant à la fraternité des races, elle y est encore bornée à quelques individus d’exception.

La liberté du travail, l’association et la démocratie. 1865. — Baudrillart défend les récentes libéralisations réalisées par le second Empire — du libre-échange à la liberté de la boulangerie — et dresse le programme de nouveaux progrès. Ses arguments en faveur de la décentralisation, de plus grandes libertés accordées aux femmes, donnent à son libéralisme un cachet particulier, que B. Malbranque tâche d’éclaircir dans l’introduction ajoutée à cette réédition.

La famille et l’éducation en France dans leurs rapports avec l’état de la société. 1874. — Dans cet ouvrage, Baudrillart analyse la crise morale que connaît alors la société française — illustrée notamment par les événements de la Commune — et plaide pour un renforcement par la famille et l’éducation. Il propose des réformes concrètes visant à restaurer l’autorité paternelle, à limiter l’internat au profit de l’éducation domestique et à mieux approprier l’instruction aux besoins réels du pays.

Manuel d’économie politique. 5e édition. 1883. — Ce traité expose de manière systématique les principes fondamentaux de la science économique en les fondant sur l’étude de la valeur et la liberté du travail. Baudrillart défend un modèle libéral tempéré par la morale, affirmant que l’ordre et la prospérité sociale résultent de l’équilibre naturel entre les intérêts individuels et la libre concurrence.

Lettres inédites à Michel Chevalier (1856-1862). — Baudrillart informe son maître Michel Chevalier de ses travaux académiques et journalistiques, tout en déplorant les restrictions politiques et les résistances protectionnistes qui entravent la promotion de la liberté commerciale en France. Il partage également des détails plus personnels sur sa vie de famille, sa santé et ses ambitions professionnelles, sollicitant régulièrement les conseils et l’influence de son mentor.

Lettres inédites à Arthur Mangin (1864-1889). — Baudrillart sollicite régulièrement Mangin pour la rédaction de comptes-rendus fidèles dans des journaux tels que L’Économiste français, et discute de sujets variés allant de l’économie agricole à l’histoire du luxe.


Études sur Henri Baudrillart, ses écrits et ses idées

« Henri Baudrillart », par Benoît Malbranque (Dictionnaire de la tradition libérale française). — Selon Malbranque, l’œuvre d’Henri Baudrillart se définit par une double ambition de popularisation et de rectification de la tradition libérale française, pour y intégrer une dimension morale et historique. Bien qu’il ait parfois soutenu une intervention modérée de l’État, B. Malbranque le qualifie d’authentique libéral dont les divergences avec la frange radicale relevaient davantage d’une sensibilité conservatrice et religieuse que d’une opposition aux principes de liberté.