Ami, collaborateur et disciple de Frédéric Bastiat, Gustave de Molinari fut le plus grand représentant de l’école libérale d’économie politique de la seconde moitié du XIXe siècle. Auteur d’un grand nombre d’ouvrages et brochures, il est surtout connu pour sa défense de la liberté des gouvernements.
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Œuvres complètes de Gustave de Molinari (depuis 2019)
Publiées sous la direction de Mathieu Laine et avec le soutien de M. André de Molinari
Notes et notices par Benoît Malbranque
Volume 1 : Avant la conversion (1842-1845). — Les premiers écrits, redécouverts pour la première fois, témoignent que le jeune Molinari était d’abord éloigné des principes du libéralisme.
Volume 2 : Libre-échange et réforme électorale (1845-1846). — Après sa conversion, Molinari s’engage dans la défense du libre-échange aux côtés de Bastiat, dans des textes retrouvés pour la première fois et inédits.
Volume 3 : Le libre-échange sans compromission (1846). — Suite des articles inédits de Molinari sur le libre-échange. L’auteur s’affirme progressivement comme un libéral radical.
Volume 4 : L’entrée au Journal des économistes (1846-1847). — Suite des articles inédits. Ayant fait ses preuves, Molinari intègre aussi le Journal des économistes et le « réseau Guillaumin ». De larges notices donnent sur ces faits des éclairages tout à fait nouveaux.
Volume 5 : Dans la tempête révolutionnaire (1848). — Les évènements révolutionnaires de février et juin 1848 forcent Gustave de Molinari à abandonner ses premiers combats, notamment en faveur du libre-échange, pour une action journalistique de réaction qui doit sauver les assises de la société face à la menace rouge. Après une large notice, en tête de volume, revenant sur cet environnement éminemment nouveau, ce volume donne à lire une masse d’articles retrouvés dans la presse parisienne et inexplorés jusqu’à aujourd’hui.
Volume 6 : La liberté des gouvernements (1849). — Après les tremblements de la révolution de 1848, Gustave de Molinari renouvelle la défense de la liberté et de la propriété, notions si attaquées, en étendant le champ d’application du libéralisme traditionnel. Ses théories dites anarcho-capitalistes, sur la privatisation des fonctions régaliennes de l’État et la liberté des gouvernements, sont exposées dans le Journal des économistes puis la même année dans les Soirées de la rue Saint-Lazare, et font date dans l’histoire du libéralisme.
Volume 7 : La république menacée (1850). — Après avoir imaginé la privatisation des gouvernements dans deux contributions fameuses, Gustave de Molinari devait affronter, en journaliste de tous les jours, les déceptions du suffrage universel et les dangers de l’agitation socialo-communiste. Sans grand enthousiasme, mais parce que la survie de la civilisation en dépendait, il se ralliait politiquement au camp de l’ordre, représenté par la figure sans cesse montante et dominante du président bientôt empereur, Louis-Napoléon Bonaparte.
Volume 8 : La solitude et l’exil (1851). — L’année 1851 est une époque de transformations importantes dans le paysage intellectuel de Gustave de Molinari, entre l’annonce de la mort de Frédéric Bastiat, qui ouvre cette année troublée, et le coup d’État du président Louis-Napoléon Bonaparte, qui la clôt et contraint l’auteur à l’exil. Dans des centaines d’articles donnés à la presse quotidienne parisienne, Molinari étudie cette montée en puissance du régime présidentiel bonapartiste, qu’il perçoit d’abord comme une espérance, un rempart face à la « menace rouge », mais qui se révélera finalement plein de dangers.
Volume 9 : En exil dans son propre pays (1852). — Éloigné physiquement de la scène du libéralisme économique français, Gustave de Molinari poursuit sa collaboration aux grandes œuvres du mouvement : le Journal des économistes, et le nouveau Dictionnaire de l’économie politique. En Belgique, il ouvre un cours d’économie politique et prononce des conférences. La menace que Louis-Napoléon Bonaparte représente pour les libertés en France mais aussi en Belgique apparaît lancinante, et domine l’arrière-plan.
Volume 10 : Deux années de transition (1853-1854). — Rejeté en Belgique depuis la transformation du pouvoir de Louis-Napoléon Bonaparte en régime autoritaire, Gustave de Molinari occupe les années 1853 et 1854 à différents projets de transition et de circonstance. C’est la poursuite de sa collaboration aux travaux de l’économie politique française ou parisienne, tels que le Journal des économistes ou le Dictionnaire de l’économie politique, dont il est un acteur majeur ; c’est encore l’enseignement de cette même science, qu’il poursuit et dont il tirera un premier volume en 1855. Ces deux années sont aussi des temps d’écriture et d’opérations commerciales, qui aboutiront, à partir de janvier 1855, à des œuvres majeures, dans un climat désormais fixé : la fondation de l’Économiste Belge, et de nouveaux ouvrages.
Volume 11 : Professeur, journaliste et propagandiste (1855). — En 1855, désormais durablement établi en Belgique, sa patrie natale, Gustave de Molinari poursuit tous azimuts son combat pour la liberté. Par l’enseignement d’abord, dans un cours d’économie politique qu’il continue de donner au Musée de l’industrie belge, et dont il fait imprimer la première partie. Par la presse ensuite, avec la fondation de l’Économiste Belge, dont 24 numéros paraissent en 1855, pour couvrir les questions brûlantes de la paix et de la guerre, de l’intervention de l’État, des dépenses publiques, des impôts. Enfin, en cette même année, Molinari fait paraître un nouveau livre de dialogues, après les Soirées de la rue Saint-Lazare (1849), consacré entièrement, cette fois-ci, à la liberté du commerce des céréales, sur fond de nouvelles émeutes et de nouvelles réglementations.
Volume 12 : Guerre et paix (1856). — De tous les thèmes agités en 1856 par Gustave de Molinari à la tête de l’Économiste Belge, celui de la paix et de la guerre présente un intérêt particulier. Car ce n’est pas une opposition, c’est une tension constante qui existe cette année-là entre ces deux notions. D’un côté l’auteur continue à défendre la paix par le libre-échange, à rechercher des améliorations au droit des gens, comme aussi à s’opposer aux manifestations du militarisme : conscription, fortifications, gros budgets. Mais d’un autre côté, il défend un droit d’intervention mesuré, et pousse à la conquête de la Chine, donnant à son œuvre une unité mois facile à apercevoir.
Volume 13 : Le mirage russe (1857). — Au milieu de l’agitation pour le libre-échange en Belgique, Gustave de Molinari découvre, à partir de 1857, le mouvement réformateur russe, énergique et plein de promesses. C’est le début d’une affection particulière qui aura un grand retentissement dans son œuvre, et qui le conduira, en 1860 et 1865, à entreprendre le voyage vers Moscou et Saint-Pétersbourg. — L’année 1857 voit aussi la fondation à Bruxelles d’un journal innovant, La Bourse du travail, et la défense de la liberté radicale se poursuivre dans l’Économiste Belge et dans les meetings de l’Association belge pour la réforme douanière.
Volume 14 : En Suisse (1857). — En consacrant, le premier, un ouvrage complet à l’étude des idées et des ouvrages de l’abbé de Saint-Pierre, Gustave de Molinari a voulu contribuer à sa manière au développement des idées pacifiques en Belgique et en France, mais aussi expliquer ses désaccords de principes avec la frange humanitaire et idéaliste des soldats de la paix. — Envoyé en Suisse comme délégué de l’Association belge pour la réforme douanière, il découvre en cette même année un pays « affligé de la double plaie du gouvernement à bon marché et de la liberté commerciale ».
Volume 15 : Dans la presse russe, I (1858-1859). * Intéressé par le grand mouvement réformateur russe, qui, imprégné de science occidentale, se consacre à l’abolition du servage, à l’établissement du libre-échange et à la simplification de l’administration, Gustave de Molinari saisit l’occasion qui lui est donnée de contribuer à l’agitation des idées. Dans une série d’études, dont nous donnons ici la première partie, avec le texte russe et une traduction française côte à côte, il diffuse ses arguments et ses réflexions à ce nouveau public, jusqu’à devenir une sorte de célébrité en Russie.
* À cause des restrictions actuellement en place, ce livre, qui contient une moitié de texte russe, ne peut être proposé à la vente en format papier par les services d’Amazon (KDP) que nous utilisons.
Volume 16 : Contre la conscription (1858-1859). — À côté de la défense du libre-échange face au statu quo protectionniste, le recrutement forcé des soldats par le système de la conscription est, en 1859, le deuxième grand sujet qu’agite Gustave de Molinari dans son journal l’Économiste belge. Alors qu’en Russie le pouvoir prépare l’abolition du servage et la réforme de nombreux abus, la Belgique, et plus encore la France, se signalent par des pratiques rétrogrades.
Volume 17 : Pour l’instruction obligatoire (1859). — Dans ce volume sont réunies les pièces du débat avec Frédéric Passy sur la légitimité d’une intervention de la loi pour obliger les parents à donner ou à faire donner à leurs enfants une instruction minimale. S’y joignent les autres productions de 1859, — année agitée, avec des transformations dans l’Économiste belge, une démission forcée de l’auteur à l’Institut supérieur de commerce d’Anvers, et une candidature avortée à la Chambre des représentants. Si ses idées demeurent les mêmes, le théâtre continue de changer.
Volume 18 : En Russie (1860). — Entré en communications avec la nouvelle génération d’intellectuels qui, en Russie aussi, a mis la liberté et les réformes administratives au programme, Gustave de Molinari se voit invité à y donner des conférences, et il parcourt le pays pendant une partie de l’année 1860. Tandis qu’il consigne ses impressions enthousiastes dans un livre, la situation politique dans le monde continue de se compliquer. Des guerres sont menées ou projetées avec des motivations plus ou moins bienveillantes, mais des résultats toujours aussi détestables.
Volume 19 : Nationalités et Sécession (1861-1862). — Avec le déclenchement des hostilités entre le Nord et le Sud de l’Union américaine, se pose au monde la question nouvelle de la sécession. Tandis qu’en Europe des guerres sont entreprises pour défendre des nationalités comprimées ou garantir à certains pays leurs « limites naturelles », c’est une théorie toute opposée qui se présente. Par elle, les peuples ne sont plus une propriété que les souverains se ravissent, s’échangent, ou se vendent ; ils ont des droits, des libertés. Et si cette conception ne domine pas encore, elle s’imposera, croit Gustave de Molinari.
Volume 20 : Tutelle et liberté (1863). — En révisant et complétant son Cours d’économie politique en 1863, Gustave de Molinari est forcé de prendre en considération des faits, des observations et des controverses récentes, qui l’amènent à discuter le degré de maturité des individus pour la liberté. Si l’avenir est à l’État minimal et au gouvernement de soi-même (self-government), pense-t-il, un grand nombre de personnes ne peut encore y prétendre et doit subir une forme de tutelle, libre ou imposée.
Volume 21 : Comment établir la paix (1864-1866). — Les mutations territoriales qui se multiplient entre 1864 et 1866 prouvent malheureusement que l’époque primitive des conquêtes et de la guerre, où l’on ne comptait pour rien les vies humaines et les capitaux, et où les souverains augmentaient leur clientèle politique par la violence, n’est pas encore révolue. Sans parler même des coups de main au Mexique ou en Cochinchine, les États du Sud sont demeurés dans l’Union américaine, l’Italie puis l’Allemagne se sont agglomérées, la Savoie et le comté de Nice sont devenus Français. Les populations sont partout un simple bétail, que les gouvernements se partagent sans leur demander leur avis. La seule solution, juge Gustave de Molinari, pour faire cesser cet état de choses, est dans la reconnaissance du droit des individus et des collections d’individus de choisir volontairement leur nationalité, et dans la constitution d’une justice et d’une police internationales qui fassent respecter le droit à l’échelle du monde. Cette utopie du présent est la ressource de l’avenir.
Volume 22 : De Bruxelles à Paris (1867-1868). — Après de multiples campagnes menées en Belgique pour l’abolition des tarifs douaniers ou de la conscription militaire, s’ouvre une nouvelle période de la vie de Gustave de Molinari. En 1867, l’opportunité lui est donnée de revenir exercer son métier de journaliste à Paris, en intégrant le Journal des Débats, à la ligne conservatrice et légèrement libérale. C’est, dans l’immédiat, un pis-aller, mais qui bientôt rendra possible l’approfondissement théorique ainsi que de multiples voyages.
Volume 23 : La menace du socialisme (1867-1869). — L’assouplissement du régime de dictature politique inauguré par l’empereur Napoléon III offre à Gustave de Molinari l’opportunité de poursuivre la diffusion de ses idées dans la presse parisienne, dans un cadre libre, au Journal des Économistes, ou contraint, au Journal des Débats. Dans les réunions socialistes, la liberté et la propriété continuent d’être férocement attaquées ; à travers l’Europe, les gouvernements continuent une folle course à l’armement ; mais l’auteur se laisse convaincre par d’autres signaux, plus positifs : le dédain croissant des ouvriers pour la métaphysique communiste, et l’attrait des masses pour la paix et la sécurité internationale.
Volume 24 : La débâcle (1870-1871). — Entretenu dans un mirage de fausses sécurités, le monde européen de Gustave de Molinari s’effondre soudainement en 1870, quand la France et l’Allemagne décident de vider un différend de moindre importance par les armes. Paris, centre du pouvoir politique, vit alors au rythme de la guerre, et en bat les pulsations morbides. La défaite, rapide et humiliante, ne referme même le temps des combats que pour ouvrir celui des clubs révolutionnaires et bientôt de la dictature communiste. Triste spectacle !
Les volumes couvrant la période 1871-1885 paraîtront en 2026.
Les volumes couvrant la période 1885-1912 paraîtront en 2027.
Rééditions individuelles de ses ouvrages
« De la production de la sécurité ». Extrait du Journal des économistes. 1849. — Gustave de Molinari, par son article sur la production de la sécurité, est le grand précurseur, voire le grand fondateur de l’anarcho-capitalisme. Cette doctrine, préconisant le fonctionnement du marché sans État, a connu un large développement au cours du XXe siècle, tandis que parallèlement, l’intervention de l’État dans l’économie et la vie sociale allait sans cesse croissant. Molinari fut le premier à poser cette question audacieuse : si le marché, si l’initiative individuelle est supérieure en efficacité et en moralité à l’État et à l’intervention étatique, pourquoi la production de la sécurité doit-elle rester un monopole public obligatoire ? Pourquoi, en d’autres termes, des entreprises n’auraient-elles pas le droit, sur un marché concurrentiel, d’offrir un meilleur service aux consommateurs ? Tandis que l’État assume aujourd’hui avec le plus grand mal cette fonction pourtant régalienne, ces questions, posées en 1849, nous paraîtrons forcément actuelles et dignes de réflexions. — On a joint à cette réédition un court article sur les résultats de l’administration publique de la justice, paru en 1855.
Les soirées de la rue Saint-Lazare. Entretiens sur les lois économiques et défense de la propriété, 1849. — Pour défendre la doctrine de la liberté, battue en brèche par les socialistes et par les conservateurs, Gustave de Molinari publie en 1849, l’ère des révolutions à peine refermée, un grand ouvrage sous la forme de conversations. Après Frédéric Bastiat, il ose transporter dans la science économique cette forme classique de la philosophie, immortalisée par Platon, pour éclairer les questions les plus âprement débattues, comme la propriété privée, le capital, ou le rôle de l’État. Introduction brillante aux principes du libéralisme, ce livre pédagogique ouvre aussi de nouvelles perspectives, son auteur ayant mis en avant, dans sa discussion des fonctions de l’État, des idées novatrices, radicales et stimulantes.
Conservations familières sur le commerce des grains, 1855. — Du fait de l’importance du pain dans l’alimentation populaire, la question du commerce des grains a toujours été particulièrement sensible et controversée. Malgré les désastres de l’intervention étatique, des prohibitions et des règlements, et l’efficacité du libre-échange intégral pour équilibrer les prix et augmenter les ressources, le combat devait sans cesse être mené. Afin de convaincre émeutiers, protectionnistes et règlementaristes, Gustave de Molinari publiait ainsi en 1855 ce petit livre sous forme de dialogues, dans lequel les arguments de Turgot, de Jean-Baptiste Say et de Frédéric Bastiat étaient présentés d’une manière accessible et convaincante. Et qui pourrait dire que la question est désormais bien entendue ?
La conquête de la Chine, 1856. — Pour Gustave de Molinari, écrivant en 1856, c’est-à-dire au milieu des guerres de l’opium et peu avant le sac du Palais d’Été, la Chine doit être conquise, et sa civilisation rétrograde et décadente doit s’ouvrir aux idées et aux produits de l’Occident. Pour accomplir cette « expropriation pour cause de civilisation », il conçoit un plan et mobilise l’opinion publique. La compatibilité de ces recommandations avec les principes du libéralisme n’est pas évidente, et cette pièce d’histoire est ici republiée pour être jugée.
L’abbé de Saint-Pierre. Membre exclu de l’Académie française. Sa vie et ses œuvres. 1857. — Pour les libéraux qui, au milieu du XIXe siècle, organisent en Europe la propagande de la paix, l’abbé de Saint-Pierre fait partie des figures notables que l’on se plaît à citer et avec qui l’on revendique une lointaine parenté. Mais devant la difficulté de dégager concrètement le programme du pacifisme, Gustave de Molinari comprend qu’un précurseur doit être davantage qu’une ombre, et il fait le pari de questionner en détail ce pionnier du pacifisme. Dans ce qui fut alors la première étude d’envergure sur l’abbé de Saint-Pierre, Molinari accomplit le projet de résumer l’ensemble de la production, très riche et variée, de ce philosophe et moraliste « papillonneur ». S’engage alors un dialogue entre deux figures et deux moments du libéralisme et du pacifisme.
De l’enseignement obligatoire. Discussion entre MM. G. de Molinari et F. Passy, 1859. — La question au cœur du débat entre les deux économistes fut la suivante : l’État doit-il avoir un rôle minimal dans l’éducation (Molinari), consistant à obliger les familles à mettre leurs enfants à l’école, ou doit-il n’en avoir rigoureusement aucun (Passy) ?
Lettres sur la Russie, 1861. — En 1860, appelé à faire un voyage de quatre mois en Russie pour y donner à travers le pays des conférences sur l’économie politique, Gustave de Molinari découvre un pays aux institutions encore rétrogrades, un pouvoir fort, des paysans prisonniers du servage. Mais la soif de liberté qui anime les classes supérieures, lui fait aussi augurer des réformes prochaines et audacieuses. Pour y aider, il publie régulièrement des articles dans la presse russe. Dans son récit de voyage, Molinari mêle aussi la description des conditions économiques, sociales et politique de la Russie des tsars, avec ses conceptions d’une société sans État, où les fonctions de police, les fleuves et les canaux, par exemple, relèvent d’entreprises privées. — Voir aussi plus loin le texte de la deuxième édition (1877).
Lettres sur les États-Unis et le Canada, 1876. — En 1876, l’un des plus grands représentants du libéralisme français débarque en Amérique (une fois le contrôle sanitaire et la douane passés), avide de découvrir ce pays de liberté, tant vanté. Soit différence de mœurs, soit acculturation trop lente, Gustave de Molinari accomplit un voyage rempli de surprises, qu’il transcrit avec honnêteté et naïveté. La difficile cohabitation des races, surtout, occupe son esprit, et la ségrégation raciale lui rappelle les luttes sanglantes, en Europe, entre catholiques et protestants. « J’ai quitté l’intolérance dans l’ancien monde, note-t-il, je la retrouve dans le nouveau. »
Lettres sur la Russie, 2e édition, 1877. (Voir ci-dessus, 1ère édition, 1861.) — Dix-sept ans plus tard, en préparant la seconde édition de son livre, l’auteur était revenu de son premier accès d’enthousiasme. Dès lors, certains passages furent retranchés. La présentation de la Russie comme « le paradis des économistes », où les élites connaissaient et appréciaient les œuvres de F. Bastiat, était peut-être jugée inconvenante. Certaines saillies audacieuses, sur la confraternité libérale ou la privatisation des fleuves, profitèrent aussi du toilettage de rigueur pour disparaître discrètement. En annexe, en lieu et place du compte-rendu du banquet offert à l’auteur, figurait désormais une petite étude sur l’abolition du servage, dont la concrétisation avait eu lieu entre temps.
L’évolution économique du XIXe siècle. Théorie du progrès, 1880. — La liberté fut pour l’humanité une conquête lente et pénible, et il devait en être ainsi. Occupé à des travaux peu productifs et subissant la menace d’animaux de proie et de tribus extérieures, l’homme est alors incapable de se gouverner lui-même. Avant l’invention de la boussole et des moyens efficaces de transport et de communication, les marchés sont extrêmement restreints et la concurrence ne peut servir encore de régulateur. Des institutions plus tard reconnues comme pernicieuses, ont alors leur raison d’être. Mais le développement de la petite industrie, puis de la grande, devait transformer les conditions de vie de l’humanité et ouvrir une ère où la concurrence, le contrat et la liberté pourraient enfin dominer.
L’Irlande, le Canada, Jersey, 1881. — Loin de l’image de théoricien de cabinet qui lui est restée, Gustave de Molinari a nourri son libéralisme radical par de très nombreux voyages, effectués aux quatre coins du monde. Au-delà des aventures et des découvertes, c’est l’occasion pour lui de se confronter au devenir pratique de grandes idées qu’il travaille : en Irlande, c’est la propriété privée, attaquée par les mœurs et les lois ; au Canada et aux États-Unis, c’est le protectionnisme et ses effets ; enfin l’île de Jersey offre au voyageur le tableau en petit, dans des couleurs authentiques, d’une société et d’une économie libérales. Ce qu’il en ressort ? C’est que les diverses sociétés du monde ont beaucoup à apprendre à l’intellectuel qui entend les guérir de leurs maux.
Au Canada et aux montagnes rocheuses. En Russie. En Corse. À l’exposition universelle d’Anvers. 1886. — Dans cet énième livre de voyages, Gustave de Molinari nous emmène sur les terres anciennement françaises du Canada ; il nous fait assister aux efforts de russification à Kiev et jusqu’en Finlande ; il s’embarque pour une escapade en Corse, où la politique, la police et les mœurs domestiques sont au menu ; enfin il découvre, moyennement édifié, la représentation des Congolais à l’Exposition universelle d’Anvers. Ce curieux assemblage géographique nous présente aussi un mélange surprenant de réalités antiques et de maux qui ne sont encore que trop d’aujourd’hui.
À Panama. L’isthme de Panama. La Martinique. Haïti. 1887. — Promis à brève échéance à un sombre avenir et à un scandale qui éclaboussa les élites politiques et journalistiques de la France, le canal de Panama est décrit en termes élogieux par Gustave de Molinari lors de sa visite des travaux et des installations. La promesse que le canal réalise, d’une unification plus complète de tous les marchés du monde, fait entrevoir un avenir où la paix, la fusion des peuples, le droit de sécession, le libre-échange, se seront imposées. Mais à côté du futur radieux que le canal de Panama promet, diverses escales faites par l’auteur en Martinique, en Guadeloupe, et sur quelques points de l’Amérique du Sud, montrent le fonctionnarisme, le racisme, et même l’hygiénisme tout à fait dominants. L’une de ces deux réalités vaincra l’autre ; et qui pourrait en vouloir à l’auteur d’avoir cru que l’industrie, la production, la liberté, l’emporteraient ?
Les lois naturelles de l’économie politique, 1887. — À la suite des économistes libéraux du XVIIIe siècle, Gustave de Molinari tâche de définir et d’expliquer les lois naturelles de l’économie politique. Mais il va aussi plus loin : il examine comment ces lois ont donné naissance à certaines idées et institutions du passé, et comment le progrès technique et l’ouverture des marchés du monde les a transformées. Dans cette grande fresque historique, l’espoir d’une société libérale future, fondée toute entière sur le contrat et la concurrence, s’oppose aux craintes immédiates que font peser le socialisme, le protectionnisme et le militarisme, dont la carrière n’est pas terminée.
La morale économique, 1888. — Parti à la recherche des fondements de la morale d’après les principes du libéralisme, Gustave de Molinari aboutit à l’explication des droits et des devoirs de l’homme sur des aspects fort divers, comme l’union matrimoniale, la parentèle, ou même vis-à-vis du règne animal. Avec l’audace qui le caractérise, il retrace l’histoire de la civilisation et la transformation des conceptions morales, jusqu’à l’avenir dont il s’attache aussi à présenter les menaces et les potentialités.
Religion, 1892. — La religion a toujours été un point de tension dans le libéralisme français. Tandis que les Idéologues, Jean-Baptiste Say, Yves Guyot — pour citer les plus célèbres — donnaient au public leurs doutes ou leurs sarcasmes, tout au contraire, Benjamin Constant décrivait le sentiment religieux comme inaltérable et Frédéric Bastiat présentait la liberté comme un acte de foi en Dieu. Pour Gustave de Molinari aussi, le bilan des religions et positif, et les croyances sont nécessaires, ainsi qu’il l’explique dans ce petit livre.
Les bourses du travail, 1893. — De sa jeunesse passée dans une cité industrielle de la Belgique, Gustave de Molinari a retenu les souffrances produites par les déséquilibres et les frictions du marché du travail. Ces observations pénibles lui inspirèrent l’idée des bourses du travail, qui est l’une de ses convictions les plus anciennes. Cinquante ans après ses premiers écrits sur le sujet, il présentait encore, dans ce livre complet sur la question, la raison d’être de ces institutions nouvelles, entièrement privées, qui éclaireraient et simplifieraient les transactions sur le marché du travail, comme les bourses internationales et le marché financier unifié avaient pu le faire pour le marché des capitaux.
Science et religion, 1894. — Contrairement à nombre d’institutions du passé, qui ont perdu leur raison d’être avec le changement des conditions économiques et sociales de l’humanité, la religion demeure pour Gustave de Molinari une source d’utilités précieuses. L’opinion publique, explique-t-il, exerce bien un contrôle salutaire sur les idées et les actions, mais ses jugements sont souvent hâtifs et peu raisonnables. De même, le système judiciaire reste imparfait, et il ne réprime pas tous les comportements nuisibles. En vérité, seule la religion, avec son autorité omnisciente et ses récompenses ou châtiments à la fois éternels et inévitables, peut imposer le respect des principes fondamentaux de la morale.
La Viriculture, 1897. — En 1897, les craintes sur le ralentissement de la natalité se faisant de plus en plus entendre, Gustave de Molinari décide de participer à la discussion publique en examinant les causes économiques de la reproduction humaine. Dans ce curieux livre, il étudie donc le contrôle de l’appétit sexuel aux différents âges de l’humanité, et les effets que promettent l’immigration ou le croisement des races sur la quantité et la qualité de la population. Repoussant les solutions étatistes ou autoritaires, il fonde toute son espérance sur la liberté, l’opinion publique et la science.
Grandeur et décadence de la guerre, 1898. — Un quart de siècle avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, qu’il redoute et entrevoit, Gustave de Molinari renouvelle son plaidoyer argumenté pour la paix. Tout en reconnaissant l’existence d’une première époque dans l’histoire de l’humanité, pendant laquelle la guerre a servi les intérêts de l’espèce en constituant et en perfectionnant son arsenal de défense, il démontre que cette période de grandeur de la guerre est décidément close. Désormais, les classes qui vivent de travail, de commerce et d’industrie, sont intéressées au maintien de la paix. Leur devoir est de lutter contre les intérêts de la caste politique, qui tire profit, à divers égards, de l’état de guerre. Les peuples doivent aussi accompagner de leurs vœux les réalisations nouvelles pour maintenir la paix, comme la constitution d’une Ligue des Neutres, ou l’Union des nations. C’est tout un programme, toute une politique pacifiste, que contient ce livre.
Études sur Gustave de Molinari et son œuvre. — Documents complémentaires
Gustave de Molinari : pour un gouvernement à bon marché dans un milieu libre, par Gérard Minart ; éditions Charles Coquelin, 2012. — Dans cette première biographie du personnage, Gérard Minart retrace la longue vie de ce libéral radical. Le livre analyse comment ce penseur original a défendu inlassablement la liberté individuelle et le libre-échange, allant jusqu’à proposer une gestion privée de la sécurité pour limiter l’emprise de l’État.
« Introduction aux Soirées de la rue Saint Lazare », par Damien Theillier. — Présentation de l’ouvrage de Gustave de Molinari, Les Soirées de la rue Saint Lazare, où l’économiste défend le droit de propriété comme le fondement naturel d’une société juste et prospère face aux critiques socialistes et conservatrices. Il y propose une vision radicale du laissez-faire, suggérant que même les fonctions régaliennes comme la sécurité gagneraient à être libérées du monopole étatique pour être soumises à la concurrence du marché libre.
Gustave de Molinari, par Benoît Malbranque (étude synthétique en anglais). — Gustave de Molinari (1819-1912), the author of countless books on a variety of topics, is one of the most stimulating figures of European liberalism. His claim that under some conditions all goods and services could in fact be provided by private companies, on the basis of a free and voluntary exchange, has remained daring and provocative up to this day. Yet, this study shows that de Molinari’s idea of the privatization of everything is not only rooted in radical theorizing but also in an understanding of man through numerous travels and a careful study of history.
« Best of » pour le centenaire de sa mort. — Ce recueil de textes a été édité par Damien Theillier, avec l’aide de Romain Hery, en 2012, à l’occasion du centenaire de la mort de Gustave de Molinari. « Un moment viendra où les nations les plus progressives et les plus riches seront dans l’impossibilité de faire face à des charges plus rapidement multipliées que leurs ressources », écrivait Molinari avec une grande clairvoyance en 1896. Au soir de sa vie, à quatre-vingt-douze ans, il notait : « Mon dernier ouvrage concerne tout ce qui a rempli ma vie : la liberté des échanges et la paix. » Et il ajoutait : « Ces idées fondamentales sont partout en déclin. » (Ultima Verba).