Dupont de Nemours

Pierre Samuel Du Pont de Nemours (1739-1817), économiste et homme politique français, fut l’un des principaux vulgarisateurs de la physiocratie. Aux côtés de François Quesnay puis de Turgot, il a défendu avec force la liberté du travail et des échanges, résumée par la célèbre formule « laissez faire, laissez passer » qu’il a contribué à promouvoir. À la fin de sa vie, il s’est réfugié aux États-Unis où sa famille a ensuite fait fortune.

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En 2019, l’Institut Coppet a entrepris la publication des œuvres complètes de l’économiste physiocrate Pierre Samuel Dupont de Nemours (textes en français original ; introduction et notes en anglais), dans le but de faire reconnaître plus largement et plus justement son mérite en tant que penseur.

Le premier volume, consacré à ses premiers écrits (1763-1764), propose près de 90 % de documents inédits provenant d’archives et de bibliothèques françaises et américaines. Ces textes apportent un éclairage nouveau sur la physiocratie ainsi que sur l’histoire de l’économie politique dans la France du XVIIIe siècle.

Le deuxième volume (1765-1766), est en préparation aux éditions de l’Institut Coppet.


Autres écrits de Dupont de Nemours disponibles sur le site de l’Institut Coppet

De l’origine et des progrès d’une science nouvelle. 1768. — Ce petit livre de Dupont de Nemours, publié en 1768, est un manuel de vulgarisation destiné à exposer les principes fondamentaux de la Physiocratie. L’auteur y démontre l’existence d’un ordre naturel fondé sur la liberté et la propriété, soutenant que la prospérité d’une nation dépend de la richesse agricole et d’une autorité souveraine protégeant ces droits essentiels.

Vues sur l’éducation nationale par un cultivateur. 1793. — Cette brochure de Dupont de Nemours propose un projet d’éducation nationale qui cherche à concilier l’apprentissage de la liberté républicaine avec les nécessités économiques des campagnes. L’auteur y préconise une méthode pédagogique innovante où l’enfant apprend d’abord à écrire avant de lire, tout en restant sous une tutelle étatique que certains critiques pourront juger fondamentalement dirigiste.

Examen du livre de M. Malthus sur le principe de population. 1817. — Examen critique de la doctrine de Malthus selon laquelle la population s’accroît plus vite que les subsistances. Dupont de Nemours rejette surtout sa proposition de « contrainte morale » et son opposition aux secours pour les enfants pauvres. Il soutient plutôt qu’il faut stimuler la production agricole et l’éducation pour soutenir une population croissante, affirmant que la prospérité d’un État dépend de l’aisance de ses citoyens adultes plutôt que de la simple limitation des naissances.

L’enfance et la jeunesse de Du Pont de Nemours racontées par lui-même. 1906. — Ces mémoires, écrits par Pierre-Samuel du Pont de Nemours alors qu’il se cachait pendant la Terreur en 1792, retracent l’histoire de ses ancêtres protestants et les détails de sa propre éducation morale et intellectuelle. À travers le récit de sa jeunesse, l’auteur décrit son ascension dans la vie publique, marquée par sa rencontre déterminante avec le docteur Quesnay et son engagement au service des idées physiocratiques. — Cette édition, préparée par la famille et non mis dans le commerce, défigure dans certains cas la pensée de Dupont de Nemours. Une édition fidèle au manuscrit, la première et la seule en français, se trouve dans le 1er volume des Œuvreséditées par l’Institut Coppet.

Correspondance avec le margrave de Bade (éditée par C. Knies).Correspondance échangée de 1771 à 1806 entre le margrave Charles-Frédéric de Bade et l’économiste physiocrate Pierre-Samuel Du Pont de Nemours. Ces lettres documentent leur collaboration intellectuelle sur les principes de la « science économique » et l’éducation du prince héritier, tout en faisant état d’une profonde amitié et d’un respect mutuel constant.

Correspondance physiocratique inédite (États-Unis). — Dans cette correspondance exceptionnelle et inédite, Dupont de Nemours discute avec quelques-uns des principaux représentants de l’école physiocratique, Lemercier de la Rivière, Nicolas Baudeau, Louis-Paul Abeille, sur une période qui couvre près d’une décennie. De l’enthousiasme du voyage en Russie de Lemercier de la Rivière aux discordes internes, des opérations du ministère de Turgot à la stratégie de défense des idées de liberté en France, c’est toute la vie du mouvement physiocratique qui est éclairée d’une nouvelle lumière par ces documents.

Correspondance inédite avec Karl Fredrik Scheffer (Suède). — Dans cette correspondance inédite, Dupont de Nemours revient notamment sur l’activité, souvent vive, mais parfois aussi atone, de l’école physiocratique, en proie aux difficultés, faisant face à la censure et aux préjugés. Le bras droit de Turgot au ministère n’a pas longtemps l’occasion de remplir ses lettres d’enthousiasme. Très vite la réalité de la mise en retrait, du succès des opinions contraires, retrouve place dans ses lettres. Honnête et perspicace, Dupont offre un tableau précieux du développement de la pensée économique libérale autour des années 1760-1770.


Études sur Dupont de Nemours, sa vie et ses écrits

« Pierre Samuel Dupont de Nemours », par Benoît Malbranque (Dictionnaire de la tradition libérale française). — Dupont de Nemours était un économiste physiocrate et un « soldat du public » dont l’engagement indéfectible pour la liberté, le libre-échange et l’humanisme l’a conduit à servir aux côtés de Turgot et à risquer sa vie durant la Révolution française. Bien que sa pensée intègre des éléments parfois complexes comme l’éducation publique obligatoire, son œuvre immense et son courage face aux persécutions en font une figure magistrale de la tradition libérale française

« Dupont de Nemours et les débuts de la physiocratie », par Benoît Malbranque (YouTube, 32 minutes). — C’est à Chevannes, dans le Loiret, que Dupont (de Nemours) a passé la première partie de sa carrière d’économiste, ayant acheté sur ces terres une propriété qui le mettait à proximité géographique du marquis de Mirabeau, son collègue au sein de l’école de Quesnay. Dans cette vidéo, B. Malbranque revient sur sa trajectoire au sein du groupe physiocratique, dont il fut le plus jeune mais non le moins actif.

Voir aussi un chapitre sur Dupont de Nemours dans Les économistes français du XVIIIe siècle, par Léonce de Lavergne. 1870.