Au-delà de Gournay, de Turgot et des physiocrates, des philosophes comme Helvétius et Diderot ont ancré le libéralisme dans une dimension morale et politique en liant indissociablement l’épanouissement de l’individu à la liberté de pensée et d’action face au despotisme. D’autres praticiens et théoriciens, tels que Malesherbes, défenseur acharné de la liberté de la presse, ou Herbert, précurseur de la libéralisation du commerce des céréales avec son traité sur la « police des grains », ont apporté une expertise technique cruciale pour traduire l’idéal abstrait en réformes administratives concrètes. Enfin, des figures comme l’abbé Roubaud ou Cliquot-Blervache ont enrichi le débat par des contributions oubliées, mais qui ont pesé dans les débats qui aboutirent à la fin de l’Ancien régime.
***
« Simon Cliquot-Blervache », par Benoît Malbranque (Dictionnaire de la tradition libérale française). — Vie et œuvre de Simon Clicquot-Blervache, un économiste du XVIIIe siècle qui a vigoureusement critiqué le système des corporations pour défendre la liberté du travail. S’inspirant directement des idées et des manuscrits de son mentor Vincent de Gournay, il a proposé des réformes audacieuses visant à supprimer les privilèges et les règlements industriels. — Voir aussi : Simon Cliquot-Blervache, par Jules de Vroil (1870). L’auteur y retrace sa carrière d’Inspecteur général du commerce et expose ses théories novatrices en faveur de la liberté du travail, de l’abolition des maîtrises et du développement de l’agriculture.
« F.-J. de Chastellux », par Benoît Malbranque (Dictionnaire de la tradition libérale française). — François-Jean de Chastellux fut influencé par les encyclopédistes et l’abbé Morellet, a promu le bonheur humain par la liberté économique et une intervention minimale de l’État. Bien que célèbre pour son ouvrage De la félicité publique et ses récits de voyages en Amérique, il est resté une figure originale, au style décousu, et on ne commence qu’aujourd’hui à lui rendre justice.
Condorcet, Lettre d’un laboureur de Picardie à M. Necker (1775). — Pamphlet cinglant où Condorcet utilise l’ironie pour défendre la liberté du commerce des grains contre les mesures interventionnistes de Necker. Ce texte marque une étape clé où Condorcet dépasse la simple théorie économique pour affirmer que la liberté de circulation est un droit naturel de propriété dont la violation par l’État est à la fois injuste et économiquement néfaste.
G.-F. Coyer, Chinki : histoire cochinchinoise qui peut servir à d’autres pays. 1768. — Court roman défendant la liberté du travail, le Chinki de l’abbé Coyer connut en son temps un véritable succès. Parce qu’il résumait de manière simple et humoristique les critiques adressés par les économistes à l’encontre des réglementations et des corporations, il eut un débit bien plus important que le Mémoire sur les corps de métier de l’économiste Simon Cliquot-Blervache, sur lequel il se fondait. Relu aujourd’hui, alors que l’œuvre entière de Coyer a été éclipsée par celles de Diderot, Voltaire, Montesquieu, et tant d’autres, Chinki s’avère riche en enseignements. Le travail est la ressource la plus précieuse du pauvre, nous rappelle-t-il, et il est celui qui souffre le plus lorsque le travail est réglementé et enfermé dans des structures légales rigides. La liberté du travail : voici un noble idéal, qui n’a pas cessé de devoir être défendu, et qui fut le cheval de bataille de l’abbé Coyer.
Voltaire, Écrits économiques. — Recueil des principaux textes de Voltaire consacrés à l’économie, illustrant son évolution d’une critique acerbe des théories physiocratiques à un soutien fervent des réformes libérales de Turgot. À travers des pamphlets célèbres comme L’Homme aux quarante écus, l’auteur y défend le luxe comme moteur de richesse, la valeur du travail productif et la liberté du commerce, tout en dénonçant l’absurdité de certains systèmes fiscaux de son temps.
Diderot, La Religieuse (1780). — Abandonnée contre son gré dans un couvent, la jeune et naïve Suzanne Simonin fait face aux forces abrutissantes de la coercition et entame une marche difficile pour sa libération. Diderot la conduit sous nos yeux de sa résignation première et de l’échec de sa bonne volonté, à l’énervement progressif de ses sens et de sa tête, et jusqu’à la rébellion et plus tard à l’évasion qui doit lui rouvrir les portes du monde libre. Il dresse ainsi, avec ce roman, un formidable plaidoyer en faveur de la liberté. — Voir aussi « Denis Diderot », par Benoît Malbranque (Dictionnaire de la tradition libérale française). — Diderot est un artisan pragmatique de la tradition libérale qui, bien que sceptique face aux systèmes dogmatiques comme la physiocratie, a défendu avec constance la liberté individuelle, la propriété et l’abolition des entraves au travail.