Germaine de Staël

Germaine de Staël (1766-1817), fille du ministre Necker, est une figure politique et littéraire incontournable de l’époque de la Révolution française et de l’Empire. Soutien des partis divers qui, sous la Révolution et la Terreur, cherchèrent à concilier la liberté avec l’ordre, elle se fit opposante quand Napoléon eût confondu ces deux idées et donné tout à fait dans le despotisme. Dans ses différents écrits, elle a défendu un libéralisme personnel, peut-être en partie féminin, qui mérite encore d’intéresser.

***

Les Œuvres de Germaine de Staël ont été réunies par l’Institut Coppet en une série de 10 volumes :

Corinne ou l’Italie (1807). — Lord Nelvil, jeune Anglais hanté par les regrets, tourmenté par son passé, rencontre en Italie une femme hors du commun. Corinne, à la fois poétesse et artiste, fascine par son intelligence, son talent et sa liberté. Leurs destins se croisent et se lient. Ce roman est aussi l’occasion pour Germaine de Staël d’explorer la condition de la femme au sein des différentes sociétés européennes, en s’appuyant sur les contrastes entre une Italie passionnée et une Angleterre plus réservée. Mélange d’amour, d’art et de voyage, et joignant la sensibilité à la réflexion, il conduit à la découverte de l’Italie comme espace de beauté et de liberté.

De la littérature (1802). — En traversant les siècles, de l’Antiquité à son propre siècle, Germaine de Staël explore les liens entre création littéraire, mœurs et régimes politiques. De la France à l’Allemagne, en passant par l’Angleterre ou encore l’Italie, elle compare chaque fois les modèles culturels et politiques et leurs influences sur la littérature nationale. S’interrogeant sur l’avenir de la littérature française à l’issue de la Révolution, elle se prend à imaginer un renouveau de l’écriture.

Delphine (1803), en 2 tomes. — Delphine d’Albémar est une jeune veuve, riche et généreuse, qui s’éprend d’un homme digne d’être aimé, Léonce ; mais il était entendu que leur bonheur serait impossible. Au-delà des malentendus et des sacrifices, leur relation illustre le conflit entre la liberté du sentiment et les exigences morales du siècle.

De l’Allemagne (1810). — Dans cette vaste étude, interdite en son temps par la censure impériale, Germaine de Staël explore l’identité philosophique et littéraire allemande pour offrir à la France un nouveau souffle intellectuel. Elle célèbre l’idéalisme et l’enthousiasme germaniques contre l’utilitarisme français, et fait du sentiment un fondement du libéralisme. La religion y retrouve aussi sa place, comme source de dignité humaine et rempart contre le matérialisme asséchant, qui prépare l’homme au despotisme.

Considérations sur la Révolution française (1818). — La Révolution française ne doit pas être considérée comme un accident, mais comme l’aboutissement inévitable d’un mouvement long et ancien vers le gouvernement représentatif. Or le drame de 1789 réside justement dans l’échec de cette transition graduelle. L’obstination de la noblesse, aveuglée par ses privilèges, et l’inexpérience fatale des partisans de la liberté, tout aura empêché la mise en place d’une constitution viable. La Terreur et les dérives révolutionnaires s’ensuivirent, elles-mêmes des conséquences logiques d’une liberté soudaine accordée à un peuple que des siècles d’oppression n’avaient pas préparé à l’exercice de ses droits. La liberté politique est un art difficile, qui nécessite un apprentissage de tous les jours. C’est le rôle notamment d’une presse libre que de permettre de tirer de ce régime les bienfaits qui sont en lui, tout en écartant autant que possible les dangers qu’il recèle. À ce titre les leçons de la Révolution française intéressent tous les pays démocratiques.

De l’influence des passions (1796). — Dans De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations (1796), Germaine de Staël demande qu’on cesse de considérer l’homme comme un être impassible, toujours maître de soi. Sans doute la liberté et l’épanouissement des individus s’obtiennent par l’usage de la raison ; mais les passions, qui tiennent aussi à notre nature, entravent la marche et nous guident sur une voie semée d’embuches. Il faut les examiner sérieusement, pour vivre en paix avec et malgré elles.

Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution et des principes qui doivent fonder la république en France (1798). — Avec cet opuscule publié en 1798, Germaine de Staël cherche à stabiliser la Révolution en conciliant les principes de liberté avec les nécessités pragmatiques du pouvoir républicain. Les mesures d’exception qu’elle justifie n’en sont pas moins problématiques, comme la confiscation des biens du clergé ou la réglementation de la liberté de la presse. Ce qui est à l’œuvre, c’est plus que l’équilibre entre la théorie et la pratique : c’est la matérialisation d’un libéralisme peut-être déséquilibré, qui privilégie certaines composantes au détriment de quelques autres, jugées moins importantes.

Dix années d’exil (1821). — Ce livre inachevé, publié après sa mort, raconte la persécution subie par Germaine de Staël, et son éloignement forcé de Paris, où tout, ses souvenirs, ses amis et ses goûts l’attiraient. S’ensuit un refuge mélancolique au château de Coppet, puis une fuite clandestine à travers l’Europe, dans le but de rejoindre l’Angleterre, éternel espoir de la liberté.

Sélection d’écrits (1788-1818) : [Lettres sur Jean-Jacques Rousseau ; Réflexions sur le procès de la Reine ; Réflexions sur la paix ; Réflexions sur la paix intérieure ; Le Mannequin ; Écrits sur l’esclavage.] — Dans cette sélection d’écrits de Germaine de Staël on a rassemblé des pièces diverses, écrites à différentes périodes de sa vie. Dans ces pages, on retrouve pourtant un même libéralisme, aux contours très personnels. Germaine de Staël, figure majeure du libéralisme français, aura cherché toute sa vie à réconcilier la raison et la sensibilité. Après des premiers essais marqués par une extrême sentimentalité, elle a évolué vers la défense d’institutions politiques protectrices des libertés individuelles. Mais c’est en n’oubliant pas le mal physique et moral que cause l’oppression ; et il est vrai de dire que le sentiment de la pitié ouvre et clôt toute sa carrière.


Études sur Germaine de Staël, sur son action et sur son œuvre

Germaine de Staël, par Benoît Malbranque. — Héritière spirituelle de Necker, son père, Germaine de Staël aura érigé un libéralisme personnel, peut-être féminin, dans lequel la « propriété de soi » prime sur la « propriété des choses ». Pour elle, la liberté n’est pas seulement le droit de produire ou d’accumuler des richesses matérielles ; c’est avant tout la souveraineté absolue de la personne humaine sur sa volonté, son corps et sa pensée. Ce « libéralisme au féminin » déplace donc les enjeux du combat politique. Là où beaucoup luttent contre l’impôt arbitraire ou les règlements spoliateurs, Germaine de Staël dénonce surtout les barrières à la propriété de soi : l’exil, le despotisme domestique, la censure et les conventions sociales qui brisent l’élan individuel. En substituant l’enthousiasme, l’émotion et la sympathie aux froids calculs de l’intérêt personnel, elle offre aussi une nouvelle boussole à la liberté.