Lemercier de la Rivière

Paul Pierre Lemercier de la Rivière (1719-1801), administrateur colonial et membre influent de l’école des Physiocrates, est resté célèbre pour son livre : L’Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques (1767), dans lequel il explique que la prospérité économique repose sur la propriété privée et la liberté totale du commerce, régies par des lois physiques immuables plutôt que par l’arbitraire humain. Il est de ceux qui, parmi les physiocrates, insistèrent le plus sur le « despotisme légal », et cette idée mal comprise a terni sa réputation.

***

Réédition de son ouvrage classique :

L’Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques. 1767.

Ce livre connut un succès retentissant, et aujourd’hui il peut être tenu pour un des classiques du mouvement physiocratique. L’ultra-monarchisme de ces auteurs, et la doctrine économique auxquels ils ont été associés, sur la productivité respective de l’agriculture et de l’industrie, y sont bien expliqués. Mais fondamentalement, dit Lemercier de la Rivière, l’ordre naturel et essentiel des sociétés politiques se fonde sur la liberté et sur la propriété : et ce programme-là, de liberté du travail, de libre-échange intégral, de laissez-faire, de paix, peut bien mieux résonner. Il fait aussi le mérite de ce livre.


Autres écrits de Lemercier de la Rivière disponibles sur le site de l’Institut Coppet

Mémoire sur l’instruction publique, où l’on développe sa nécessité ; les principaux objets qu’elle doit se proposer ; les conditions qui doivent se réunir pour qu’elle puisse remplir ces objets (Nouvelles Éphémérides économiques, t. IX et X, 1775). — Dans ce mémoire, Lemercier de la Rivière montre que l’instruction publique est le pilier indispensable à la formation d’un véritable corps politique, car elle seule permet d’arracher les hommes à l’ignorance pour les conduire à la connaissance de leurs droits et de leurs devoirs. Il convient qu’ils comprennent ce que veulent dire ces mots : la propriété, la liberté, la sûreté, si l’on veut que la société prospère et se maintienne.

Deux lettres d’Abraham Mansword, citoyen de Philadelphie, à ses compatriotes de l’Amérique septentrionale, [faussement] traduites du Pensylvany’s Chronicle (Éphémérides du citoyen, t. 11 et 12, 1771). — Vision de l’avenir politique des colonies de l’Amérique septentrionale et leur transformation en une république confédérative indépendante. Lemercier de la Rivière fournit quelques détails des lois et des institutions de ce pays, fondé sur le socle fondamental de la propriété.

L’intérêt commun des Polonais ou mémoire sur les moyens de pacifier pour toujours les troubles actuels de la Pologne en perfectionnant son gouvernement et conciliant ses véritables intérêts avec les véritables intérêts des autres peuples (Manuscrit, 1772). — L’anarchie et les troubles de la Pologne proviennent des vices de sa constitution, notamment le droit de veto unitaire (liberum veto) et l’unanimité requise pour l’élection royale, mécanismes qui paralysent les diètes et favorisent le despotisme des nobles au détriment de l’intérêt public. Pour y remédier et pacifier durablement le pays, l’auteur propose de réformer en profondeur le système de gouvernement, pour l’asseoir exclusivement sur la propriété (propriété personnelle, mobilière et foncière) et ses droits.

L’Intérêt général de l’État ou la liberté du commerce des blés, etc. 1770. — L’auteur démontre que la pleine liberté du commerce des blés est une suite logique du droit de propriété et du droit naturel à l’existence. Il soutient que cette liberté favorise l’abondance, assure un prix juste aux cultivateurs sans nuire aux consommateurs, et garantit l’intérêt commun en protégeant la nation contre les disettes et les monopoles.

Observations sur l’admission des étrangers à la concurrence dans le fret pour l’exportation de nos grains (Journal de l’agriculture, du commerce et des finances, novembre 1765). — Lemercier de la Rivière conteste l’utilité de réserver exclusivement aux navires français le transport des grains, affirmant que ce privilège affaiblit la concurrence et réduit les revenus des cultivateurs, du Roi et de l’État. Il soutient qu’une telle restriction protectionniste est contradictoire, car en voulant favoriser la marine marchande, elle appauvrit la richesse nationale et la population, qui sont pourtant les bases nécessaires d’une véritable puissance militaire et maritime.


Études sur Lemercier de la Rivière, son action et sa pensée

« L’énigme de l’échec russe de Lemercier de la Rivière », par Benoît Malbranque. — Lemercier de la Rivière partit pour la Russie en 1767, invité par Catherine II pour conseiller ses réformes législatives, mais l’expérience a tourné court suite à des malentendus et des cabales de cour. S’appuyant sur l’ouvrage de Sergey Zanin et des documents inédits, B. Malbranque analyse les raisons de cet échec historique.