Marquis de Mirabeau

Le marquis de Mirabeau (1715-1789) est un penseur iconoclaste du XVIIIe siècle, resté célèbre comme l’auteur du best-seller économique L’Ami des Hommes et comme le père tyrannique du grand tribun révolutionnaire. Bien plus qu’un simple disciple, il fut en vérité le véritable chef de file de l’école physiocratique, dont il a recruté les membres et diffusé les idées à travers une œuvre monumentale. Défenseur radical de la liberté individuelle et de la propriété, il prônait un État minimal dont le seul rôle serait de protéger les droits naturels sans intervenir dans le cours naturel de la société.

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Ses principaux ouvrages sont disponibles sur le site de l’Institut Coppet :

Mémoire concernant l’utilité des États provinciaux relativement à l’autorité royale, aux finances, au bonheur et à l’avantage des peuples. 1750. — Ce texte du Marquis de Mirabeau, publié en 1750, souligne l’importance des États provinciaux comme contrepoids nécessaire à une autorité royale absolue qui risquerait de dériver vers le despotisme. L’auteur soutient que ces assemblées garantissent la stabilité de la monarchie en assurant un juste milieu où le respect des privilèges et des lois fondamentales favorise tant le crédit des finances que le bonheur des peuples.

L’Ami des Hommes, ou Traité de la population. 1756. — Pas encore rangé à la physiocratie (qui n’existe pas encore), Mirabeau soutient que la véritable richesse d’un État ne réside pas dans l’or, mais dans une population nombreuse et laborieuse, elle-même directement dépendante de la prospérité de l’agriculture. L’auteur y fustige le luxe et la corruption des mœurs, prônant un retour à une gestion pastorale du royaume pour garantir la subsistance de tous. — L’ouvrage connut un succès phénoménal et immédiat, devenant l’un des plus grands « best-sellers » du XVIIIe siècle. Ce triomphe fut tel que l’auteur est resté connu toute sa vie comme « l’Ami des hommes ».

Théorie de l’impôt. 1760. — Critique du système fiscal de l’époque, en particulier le recours aux « Fermiers généraux », accusés de ruiner le peuple et d’affaiblir l’autorité royale. Mirabeau propose une réforme radicale fondée sur la liberté économique et un impôt unique. — À la suite de la publication de ce livre en 1760, l’auteur fut emprisonné pendant huit jours au château de Vincennes, car ses critiques virulentes contre la Ferme générale et ses conseils directs au Roi furent jugés offensants pour l’administration en place.

Philosophie rurale, ou économie générale et politique de l’agriculture, réduite à l’ordre immuable des Lois physiques et morales, qui assurent la prospérité des empires. 1763. — Expose des principes de la science économique, démontrant que la prospérité des États repose sur le respect d’un ordre naturel et de lois physiques immuables. Mirabeau établit que l’agriculture est la seule source réelle des richesses, dont la circulation, mesurée par le « Tableau économique », doit être préservée par la liberté du commerce et une fiscalité réformée.

Lettres sur le commerce des grains. 1768. — Avec ce recueil de lettres, Mirabeau entreprend de démontrer que seule une liberté pleine et entière du commerce des grains permettra d’assurer l’abondance, de soutenir l’agriculture et de protéger le peuple contre les véritables monopoles créés par les règlements.


Études sur le marquis de Mirabeau, sa vie et sa pensée

Le marquis de Mirabeau, par Benoît Malbranque (2025). — Étude synthétique. Éclipsé tout à la fois par son père, le tribun révolutionnaire, et par son maître en physiocratie, François Quesnay, le marquis de Mirabeau (1715-1789) n’en demeure pas moins une figure cardinale dans l’histoire de la pensée. À la lecture de ses multiples ouvrages et de son abondante correspondance, se dégage un libéralisme économique étonnamment bien articulé, autour de la notion de la propriété, et qui aboutit à la politique du laissez-faire.

Les Mirabeau : Nouvelles études sur la société française au XVIIIe siècle, par Louis de Loménie. 1879. Volume 1. — Cet ouvrage propose une étude historique approfondie de la lignée des Mirabeau, peignant cette famille comme une personnification originale et contrastée de la société française du XVIIIe siècle. Ce premier volume se concentre particulièrement sur les origines de la famille, et donne des premiers aperçus sur les carrières du marquis, l’Ami des hommes, et de son frère dit le bailli, rappelant surtout les violentes dissensions domestiques qui ont marqué leur existence.

« L’ami des hommes et les économistes grands seigneurs », par L.-P.-F. Cabantous (Mémoires de l’Académie des sciences, agriculture, arts et belles-lettres d’Aix, tome IX, 1867). — Le marquis de Mirabeau, bras droit de Quesnay au sein de l’école physiocratique, fut comme son mentor un homme à paradoxes, fait remarquer Cabantous, doyen de la Faculté de Droit d’Aix, dans une conférence de 1867. « Singulier mélange d’obstination aristocratique et de zèle novateur, il réunit tous les contrastes dans sa personne et dans sa conduite. » Il est, selon l’auteur, le représentant de ces économistes grands seigneurs, libéraux par tempérament mais sans consistance.

« Les dernières années du marquis de Mirabeau », par Dauphin Meunier. (Le Correspondant, 1913). — Dans ses dernières années, le marquis de Mirabeau subit et illustre tout à la fois le déclin de l’école physiocratique. Jadis admiré, du temps de son livre l’Ami des Hommes et de sa participation aux travaux de François Quesnay, il peine de plus en plus, à partir de 1780, à diffuser ses idées. Son style littéraire, qui ne fut jamais soigné mais dont l’apparente confusion avait aussi son charme, s’empirait nettement et rendait ses livres à peu près illisibles. Quant à son isolement, au sein d’une école qui ne comptait plus qu’une poignée de membres, et à peine plus d’adeptes, il rendait sa condition personnelle plus terrible encore, après les affres de sa vie conjugale.

« Le marquis de Mirabeau : un converti à la cause de la liberté », podcast Institut Coppet (22 minutes), par Benoît Malbranque (2013). — Deuxième épisode de la série d’émissions radio sur La Tradition Française de la Liberté, consacré au marquis de Mirabeau, économiste physiocrate, et père du héros de la Révolution française.


Suppléments

Correspondance du marquis de Mirabeau avec Rousseau 1767-1768. — La correspondance échangée entre Jean-Jacques Rousseau et Mirabeau père est une source majeure pour mieux comprendre l’esprit profondément original de ce physiocrate, bras droit de Quesnay. Dans ses immenses lettres, il s’épanche, se raconte, comme il raconte aussi l’histoire et les principes de sa très chère science économique.

Correspondance du marquis de Mirabeau avec le margrave de Bade (éditée par C. Knies). — Cet ouvrage rassemble la correspondance échangée entre 1769 et 1787 entre le margrave Charles-Frédéric de Bade et le marquis de Mirabeau. Les deux hommes y discutent de l’application pratique de la physiocratie et de la « science économique », abordant notamment les questions de la propriété foncière, du partage des terres et de l’établissement d’un impôt direct basé sur le produit net.